Par-delà les murs, mourir pour l'Europe ?

Les réfugiés qui quittent les zones de conflit seraient-ils définitivement condamnés à prendre tous les risques ? Le trafic de papiers et les quelques djihadistes infiltrés dans leurs rangs les condamnent-ils, alors qu'ils sont victimes, à être confondus avec leurs bourreaux ?

 

Pas plus que l'hiver et les clôtures érigées au sein de l'espace européen,  la lutte contre le terrorisme aveugle ne va ralentir le flux. Ils arrivent par centaines sur les côtes de Lesbos, Kalimnios et autres îles grecques. Angélique Kourounis (1)  y a passé des jours et des jours ces dernières semaines. Cet été mais aussi en ce début d'hiver, quand la mer est plus difficile. Des villages pas équipés pour recevoir chaque jour des centaines de personnes, l'absence de toilettes publiques, des autorités dépassées et sans moyens financiers. La crise économique qui ravage la Grèce n'y est pas pour rien. Elle nous raconte l'incroyable solidarité, les centaines de repas servis chaque jour, mais aussi la fatigue de ces bénévoles, leur épuisement. Tous les jours des morts…

Non le flux ne s'arrêtera pas. C'est un flux de longue durée et tenter de l'empêcher c'est comme empêcher la nuit de s'opposer au jour. Nous vivons les plus grands déplacements de population depuis la seconde guerre mondiale. Un flux composé de Syriens, d'Irakiens, mais aussi d'Erythréens et demain plus encore de réfugiés qu'on appelle climatiques, c'est-à-dire ne pouvant plus vivre ni produire en raison de la désertification et de la montée du niveau des mers. L'absence de canaux légaux de migration rend les routes de plus en plus dangereuses, ce qui ne décourage pas pour autant ceux qui de toutes façons, s'ils restent où ils sont, sont tout aussi condamnés à tous les dangers et à la mort. Cela explique les plus de 30.000 personnes noyées en mer ces 5 dernières années. C'est ce que nous a expliqué on ne peut plus clairement Francois Gemenne (2).

 

Ou se construit alors la politique européenne ? Les ministres européens des affaires intérieures et les chefs d’État calent depuis des années pour définir les paramètres d'une politique européenne. On remet des contrôles aux frontières, on construit des murs, les Pays-Bas envisagent un « petit Schengen ». C'est ce qu'ont discuté Sylvie Goulard (3) et Sia Anagnostopoulou (4).

En matière d'asile et de migration comme en matière de gestion de la zone euro, matières  qui ne peuvent être traités QUE au niveau européen, ce qui cloche c'est l'insuffisance ou l'absence de  niveau de contrôle démocratique correspondant au niveau de prise de décision. Ce serait pourtant la seule bonne condition pour prendre des mesures vraiment adaptées à ces matières, plutôt qu'à continuer de croire que, sous la pression des impératifs domestiques,  la somme des (médiocres) politiques nationales et la confrontation (stérile) à celle du voisin, apporteront une réponse satisfaisante. Elles auront surtout pour effet de fragiliser encore un peu plus ceux qui « n sont le moins responsables et sont par ailleurs les plus exposés.

 

Le débat avec la salle, modéré par Isabelle Durant (5) nous amènera sur le terrain de deux dilemmes douloureux et difficiles

Le premier est celui de la générosité versus la responsabilité. Celui de la générosité d'un très grand nombre de citoyens, mais  qui ne peut en aucune manière se substituer aux politiques publiques. Mais aussi la responsabilité des exécutifs nationaux et locaux qui doivent construire avec courage et pédagogie les outils de la solidarité. Ce n'est pas toujours le cas. C'est d'autant plus difficile quand, comme c'est le cas dans certaines écoles en Allemagne, il faut expliquer aux parents allemands que  les enfants n'ont plus accès au sport car les gymnases sont occupés par des réfugies, que les classes de 18 enfants sont passées à 25...

Le second dilemme est celui qui oppose les concepts de droit : un réfugié au sens de la convention de Genève et une migrante. Qu'est-ce qui les différencie sur le fond ? Un réfugié qui s'arrête en Turquie puis, ne voyant aucun avenir dans la vie en camp, migre vers l'Europe ne passe-t-il pas du statut de réfugié à celui de migrant économique ?  Des concepts et des réalités qui se superposent. Isabelle Durant et Sylvie Goulard

 

 

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(1) Journaliste et correspondante de plusieurs grands médias francophones en Grèce

 

(2) Chercheur à Sciences-po Paris et ULg

 

(3) Députée européenne française

 

(4) Ministre grecque de l'Education

 

(5) Deputée bruxelloise et Présidente du Groupe Spinelli

 

 

 

 

 

 

 

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